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Ronces et epines 1200x

Témoignage d'une jardinière des êtres

Tu peux m'écouter lire le texte :

 

Accompagner l’âmunité...

Accompagner l’âmunité, c’est comme couper les ronces…

D’abord, je commence par la pointe de la ronce - sa tête - car son pied est inaccessible, entremêlé à d’autres ronces. Je ne m’attelle à cette tâche que quand j’en sens l’élan. Quand je sens que c’est le moment. Quand je sens que ça se fait tout seul. J’ai besoin de disponibilité, d’énergie et de temps.
Je ne sais jamais à l’avance ce que je vais pouvoir couper. Ce sont les ronces elles-mêmes qui vont me guider.
Je ne m’y mets qu’après avoir mis mes gants. Il n’est pas question de me blesser. Ce serait contre-productif.
J’inscris en moi le plus de compassion possible pour ces ronces que j’aime et qui ont tout à fait le droit d’exister avec de saines limites.
Tendrement, je les attrape une par une, pour ne pas qu’elle traversent mes gants. Je coupe aussi loin que je peux, puis je les jette sur un tas qui se recyclera naturellement et nourrira d’autres plantes et d’autres fleurs.
C’est long. Pour chaque poignée, je retourne au tas pour ne pas m’encombrer. J’en fais autant que je peux en une fois. Quand le chemin est ouvert, le travail est fini pour cette fois.
Quelques temps après, quand je retourne au jardin, les ronces ont repoussé. Il y a des jeunes pousses vertes, d’autres qui ont déjà fait de grandes branches qui traversent le chemin.
Alors, je recommence. Même préparation. J’y retourne en confiance, car je sais que le travail sera plus facile. J’y vois plus clair, les branches sont plus fines et isolées. J’ai davantage accès aux troncs principaux, à ras de la terre. J’ai même l’impression que ces nouvelles ronces sont d’accord pour que je les coupe. Elles coopèrent. Je les remercie.

 

Quand il s'agit de l'âmunité, il y a des ressemblances avec les ronces. Certaines sont vraiment repoussantes, je n'ai aucune envie de les approcher, je préfère m'éloigner. Parfois, c'est la meilleure chose à faire, tout en étant consciente qu'en faisant cela, il y a un chemin qui reste inaccessible et inexploré... pour l'instant...

Je le garde dans un coin de mon cœur et, quand je me sens prête, j'y vais. Parfois, c'est la vie qui m'y pousse, et je me rends compte après coup que j'étais prête sans le savoir.

 

Ce qui me repousse, c'est ce qui me paraît dangereux. C'est souvent quelque chose qui résonne fort dans mon être.Quelque chose que je connais bien et que je ne veux plus voir. Quelque chose que je refuse de voir en moi. Quelque chose que je crois avoir dépassé et à laquelle j'ai peur de me confronter de nouveau, par peur de "replonger". Quelque chose qui pourrait me toucher trop fort et qui m'empêcherait d'accompagner la personne en question. Quelque chose qui pourrait me faire vivre de la "souffrance", quelle qu'elle soit.

Donc ce chemin, qui reste inaccessible et inexploré, c'est autant celui de la personne que j'accompagne... que le mien... et le même aussi que celui de l'âmunité toute entière.

 

Alors, sachant cela... j'enfile mes gants, je prends mon sécateur et je me mets au travail. Avec tout mon cœur.

 

Il y a certaines ronces qui s'épuisent vite. Il arrive souvent qu'une seule coupe suffise pour qu'elles ne repoussent plus. C'est qu'elles étaient mûres. Elles étaient prêtes à s'éteindre et à passer le relais.

D'autres ronces repoussent vite et fort, il y a besoin de leur couper la tête de nombreuses fois, à différents niveaux, sous différents angles, pour qu'elles finissent par s'épuiser et capituler. C'est ainsi.

 

Quand je coupe, je n'attends rien. La joie, dans l'instant, d'apercevoir le chemin ouvert, est ma seule récompense. Parfois, c'est uniquement une ébauche de chemin. Eh bien, c'est déjà ça. Car cela, ce n'est pas de mon ressort. Je propose, la nature dispose. Si ça repousse vite et fort, je suis là pour couper de nouveau, sans jugement, avec le plus de bienveillance possible. Je coupe du mieux que je peux, comme la nature me propose de couper. Je suis heureuse de participer plus ou moins au bon état de ce jardin et je suis consciente que je ne suis pas la seule responsable...

 

Nous sommes tous les jardiniers de nos jardins intérieurs et de ceux des autres. L'âmunité attend que nous nous munissions tous de gants et de sécateurs.

 

Que se passerait-il si chacun d'entre nous prenait sa propre responsabilité ?

 

A quoi ressemblerait Gaïa, notre grand jardin commun ?